{"id":3746,"date":"2020-01-17T17:41:03","date_gmt":"2020-01-17T17:41:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sportsnewsforyou.com\/?p=3746"},"modified":"2020-01-17T17:41:03","modified_gmt":"2020-01-17T17:41:03","slug":"jane-birkin-serge-gainsbourg-la-vie-lamour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/googmn.com\/?p=3746","title":{"rendered":"Jane Birkin &amp; Serge Gainsbourg: &agrave; la vie, &agrave; l&#8217;amour"},"content":{"rendered":"<p><strong>Ils v\u00e9curent ensemble douze ans, puis se s\u00e9par\u00e8rent. Parce que Jane n&#8217;en pouvait plus des d\u00e9mons de Serge. Parce qu&#8217;il ne supportait pas l&#8217;infid\u00e9lit\u00e9. Pourtant les coeurs de battre l&#8217;un pour l&#8217;autre n&#8217;ont jamais cess\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>Quand Jane <strong>claqua la porte du 5 bis, rue de Verneuil<\/strong>, \u00e0 Paris, le c\u0153ur de Serge fit crac. L\u2019\u00e9t\u00e9 touchait \u00e0 sa fin en cette <strong>mi-septembre 1980<\/strong>. L\u2019air s\u2019\u00e9tait refroidi, comme les sentiments de la petite Anglaise pour son pygmalion. Jane se faisait la malle avec Kate et Charlotte, <strong>pour rejoindre un beau gosse<\/strong>, le cin\u00e9aste Jacques Doillon, plus jeune, plus gai, plus lumineux que l\u2019homme \u00e0 la t\u00eate de chou. La rupture fut <strong>rapide, brutale, radicale<\/strong>. Peu de mots furent \u00e9chang\u00e9s entre les anciens amants, \u00e0 quoi bon\u2026 Jane voulait faire vite.<\/p>\n<p><strong>Elle fuyait Serge<\/strong>, elle avait peur qu\u2019il la rattrape comme par le pass\u00e9 par une de ces pirouettes verbales, son pi\u00e8ge \u00e0 minettes. Elle demanda aux filles de<strong> faire leurs valises<\/strong>, de ne prendre que l\u2019essentiel. Elle, elle, avait jet\u00e9 deux ou trois bricoles dans son panier en osier. Kate, l\u2019a\u00een\u00e9e, h\u00e9sita \u00e0 laisser Serge seul. <strong>Elle craignait qu\u2019il commette l\u2019irr\u00e9parable<\/strong>. L\u2019auteur-compositeur \u00e9tait assis dans la cuisine, d\u00e9sarticul\u00e9, abattu. Elle alla lui parler et se souvient toute sa vie de son visage qui ressemblait \u00e0 celui d\u2019un m\u00f4me ayant commis une \u00e9norme b\u00eatise. Gainsbourg entendit des pas sur le palier, une voiture qui s\u2019\u00e9loigne, puis le silence sombre et obs\u00e9dant. Dans cette maison, vide d\u00e9sormais des rires et des cris de ses gonzesses, <strong>Serge s\u2019effondr<\/strong>a. Son cerveau allait \u00e9clater, son \u00e2me exploser. L\u2019existence lui jouait un sacr\u00e9 tour. Il plongea dans l\u2019alcool, sa ma\u00eetresse. Avec elle, c\u2019\u00e9tait \u00e0 la vie, \u00e0 la mort. Ils se connaissaient par c\u0153ur et ne se tromperaient jamais.<\/p>\n<p>Jane, elle, s\u2019\u00e9tait retir\u00e9e de ce lugubre trio. Elle <strong>s\u2019\u00e9tait lass\u00e9e de passer ses nuits \u00e0 tra\u00eener sur les divans<\/strong> des bo\u00eetes de nuit, triste poup\u00e9e de cire au bras de son alcoolique de compagnon. \u00ab C\u2019est vrai qu\u2019\u00e0 la fin \u00e7a tournait en rond, c\u2019\u00e9tait l\u2019Elys\u00e9e-Matignon tous les soirs avec les m\u00eames spectateurs, expliqua Kate au biographe de Serge, Gilles Verlant*. Jane n\u2019en pouvait plus, elle avait l\u2019impression d\u2019\u00e9touffer \u00bb. La chanteuse <strong>ne supportait plus d\u2019\u00e9couter les bribes<\/strong> de phrases de Serge, de plus en plus inaudibles. Gainsbarre le triste sire avait tu\u00e9 son double, Gainsbourg le magnifique. Entre les deux anciens amants, le dialogue de l\u2019amour s\u2019\u00e9tait mu\u00e9 en un monologue de so\u00fblard. Path\u00e9tique. Ils rentraient au petit matin se coucher quand les petites prenaient le chemin de l\u2019\u00e9cole. <strong>Serge cuvait, Jane r\u00e9fl\u00e9chissait<\/strong>. L\u2019amour physique s\u2019\u00e9tait \u00e9tiol\u00e9, leurs corps ne jouaient plus la m\u00eame m\u00e9lodie des sens. Jane ne dormait plus, cherchant une solution \u00e0 ce carnage. <strong>Elle \u00e9tait devenue l\u2019ombre d\u2019elle-m\u00eam<\/strong>e. Tout \u00e7a n\u2019avait plus de sens.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis prise de vertige quand les choses vont mal, parce que c\u2019est tr\u00e8s difficile de ne pas les faire aller encore plus mal, confiait-elle. Quand vous sentez que vous commencez \u00e0 perdre, vous perdez encore plus \u00bb. Jane <strong>s\u2019installa d\u2019abord \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Hilton Suffren<\/strong>, dans le 15e arrondissement. Elle <strong>refusa de s\u2019exprimer sur la s\u00e9paration<\/strong>, son avocat lui conseilla de ne faire aucune d\u00e9claration. A ses proches, elle s\u2019avouait malheureuse. Serge, lui, vivait son premier grand chagrin d\u2019amour, \u00e0 cinquante-deux ans. \u00ab Je sais qu\u2019il est aussi violent et m\u00eame plus que si j\u2019avais vingt ans \u00bb. <strong>Sans Jane, il \u00e9tait perdu<\/strong>, mais il ne lui pardonnait pas d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 infid\u00e8le. L\u2019amour ne m\u00e9ritait aucune m\u00e9diocrit\u00e9, ni trahison.<\/p>\n<p>Une <strong>tentative de r\u00e9conciliation<\/strong> fut quand m\u00eame men\u00e9e par Catherine Deneuve, qui persuada la chanteuse de revenir vivre avec Serge. <strong>Pendant une semaine,<\/strong> ils essay\u00e8rent de recoller les morceaux, en vain\u2026 Serge se r\u00e9fugia trois jours chez G\u00e9rard Depardieu et \u00e9pongea sa peine dans l\u2019alcool. Il \u00e9couta de la musique, refusa les mains tendues, s\u2019enferma dans sa solitude, les notes et le blues. Il s\u2019enfon\u00e7a (le coma \u00e9thylique \u00e9tait devenu son meilleur alli\u00e9) et remonta doucement \u00e0 la surface, il n\u2019avait pas le choix : pour Charlotte, pour Kate, pour ses deux a\u00een\u00e9s, Natacha et Paul, <strong>il devait survivre<\/strong>. Il convoqua la presse et d\u00e9clara, \u00e9mouvant et sinc\u00e8re : \u00ab J\u2019ai cru toucher le fond de la piscine et je me suis aper\u00e7u qu\u2019il y avait un double fond. Je me retrouve tout seul dans cette gar\u00e7onni\u00e8re de milliardaire (\u2026) Ce qu\u2019il me faudrait : une fille de platine. J\u2019ai eu une fille en or mais elle s\u2019est tir\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>En gentlemen du sentiment, il d\u00e9cida alors de <strong>prendre la responsabilit\u00e9 de la s\u00e9paration<\/strong>. D\u2019assumer tous les torts. \u00ab Jane est partie par ma faute, je faisais trop d\u2019abus. Je rentrais compl\u00e8tement p\u00e9t\u00e9, je lui tapais dessus \u00bb. Il comprit qu\u2019il aimait <strong>cette fille en or<\/strong> et qui l\u2019aimerait toute sa vie. D\u00e9sormais, il rempla\u00e7a les insultes, les coups par le respect et la tendresse\u2026 \u00ab Une affection \u00e9ternelle \u00bb, pr\u00e9cisait-il. <strong>Il endossa le costume d\u2019ange gardie<\/strong>n. De loin ou de pr\u00e8s, il surveillait et g\u00e9rait la vie de Jane. Il l\u2019installa pour un temps dans la maison de son ami Jacques S\u00e9gu\u00e9la, villa Montmorency, \u00e0 Paris. Il ne voulait que le meilleur pour son ex. &#8220;Il nous a pardonn\u00e9 \u00e0 toutes de l\u2019avoir quitt\u00e9, expliqua Jane, aussi bien \u00e0 Bardot qu\u2019\u00e0 moi. Il \u00e9tait tr\u00e8s fid\u00e8le, il avait d\u00e9cid\u00e9 de faire une image de nous que personne ne toucherait, une sorte de perfection, qu\u2019on ne parlerait pas de trahison, non, c\u2019\u00e9tait convenu, \u00e7a lui \u00e9tait insupportable, que moi j\u2019avais sauv\u00e9 ma peau et qu\u2019il n\u2019y avait pas de d\u00e9shonneur \u00e0 cela, il se disputait avec les personnes qui disaient du mal de moi, c\u2019est tr\u00e8s rare quand m\u00eame, de ne pas vouloir ternir l\u2019image de l\u2019autre&#8221;.<\/p>\n<p>Quand Jane<strong> d\u00e9cida de vivre avec Jacques Doillon<\/strong>, il donna son aval, refusa que Charlotte dise du mal du nouveau compagnon de sa m\u00e8re. En se d\u00e9barrassant du quotidien, leur relation s\u2019\u00e9tait \u00e9claircie, simplifi\u00e9e m\u00eame. <strong>Ils \u00e9taient ensemble, sans \u00eatre ensemble<\/strong>. Paradoxe de l\u2019\u00e9motion. Ils s\u2019aimaient, mais \u00e0 distance. Des complices pudiques. <strong>Deux ans apr\u00e8s leur rupture, Jane accoucha de Lou<\/strong>. Elle demanda \u00e0 Serge d\u2019\u00eatre le parrain de sa petite derni\u00e8re. Il accepta imm\u00e9diatement et couvrit Lou de cadeaux. \u00ab C\u2019est Serge que j\u2019ai appel\u00e9 en premier de l\u2019h\u00f4pital, se souvient Jane. Il a envoy\u00e9 des jolies petites bottines rouges (\u2026) des poup\u00e9es, des \u00e9tag\u00e8res roses sur lesquelles il avait marqu\u00e9 au feutre \u201cDe la part de Papa 2\u201d. C\u2019\u00e9tait quelqu\u2019un qui avait d\u00e9cid\u00e9 de ne pas \u00eatre absent. Quand je pense que j\u2019aurais pu le perdre\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Plus jamais ils ne se quitt\u00e8rent, toujours l\u00e0 l\u2019un pour l\u2019autre, le d\u00e9sir en moins. <strong>Ils continu\u00e8rent de travailler ensemble<\/strong>, Serge offrit \u00e0 Jane le magnifique album <em>Baby Alone in Babylone<\/em>, en 1984, qui la consacra chanteuse et pour lequel elle re\u00e7ut le grand prix de l\u2019Acad\u00e9mie Charles-Cros. Il y mit en sc\u00e8ne leurs sentiments sans fausse pudeur. Dans le studio d\u2019enregistrement, Jane vit souvent Serge pleurer comme si il lui demandait pardon, encore et toujours. Dans la bouche de Jane, ses mots \u00e0 lui comme autant de d\u00e9clarations : \u00ab Con c\u2019est con ces cons\u00e9quences \/ C\u2019est con qu\u2019on se quitte \/ Faut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence \/ Ce soir on est quitte\u2026 \u00bb. Ou encore : \u00ab Fuir le bonheur de peur qu\u2019il se sauve\u2026 \u00bb et : \u00ab Pardonne-moi petite Jane \/ Je m\u2019en vais je veux refaire ma vie \u00bb. Par textes et voix interpos\u00e9s, ils se sont expliqu\u00e9, murmur\u00e9 leurs \u00e9motions, d\u2019accord sur l\u2019essentiel : leur amour \u00e0 jamais \u00e9ternel. Ils ne reviendront plus sur le pass\u00e9, \u00e9toufferont le fameux \u00ab Et si seulement si\u2026 \u00bb, <strong>porte ouverte sur des retrouvailles impossibles<\/strong>. A l\u2019\u00e9poque, Jane confiait : \u00ab L\u2019amiti\u00e9 que j\u2019ai avec Serge aujourd\u2019hui est un soulagement parce qu\u2019en le quittant j\u2019ai perdu quelque chose d\u2019essentiel. (\u2026) Il a \u00e9t\u00e9 toute une vie pour moi et il le restera \u00e0 jamais \u00bb. <strong>Serge v\u00e9cut avec Bambou<\/strong>, Jane avec d\u2019autres hommes, mais leurs liens ne se bris\u00e8rent jamais. <strong>Deux mois apr\u00e8s la mort de Serge<\/strong>, le 13 mai 1991, sur la sc\u00e8ne du Casino de Paris, elle reprit <em>Je suis venue te dire que je m\u2019en vais.<\/em> Le public \u00e9tait en larmes, Jane au bord du pr\u00e9cipice\u2026 Depuis, <strong>dans l\u2019imaginaire collectif<\/strong>, Jane est devenue la veuve de Serge. De concert en concert, de reprise en reprise, elle a rendu Serge immortel. Un amour sans feinte.<\/p>\n<p> * Gainsbourg (\u00e9d. Albin Michel).<\/p>\n<p>Cr\u00e9dits photos : Fondation Gilles CARON<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils v\u00e9curent ensemble douze ans, puis se s\u00e9par\u00e8rent. Parce que Jane n&#8217;en pouvait plus des d\u00e9mons de Serge. 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